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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 06:06

Paris 7 juillet 2009

En ce début d’été les sujets d’actualité sont nombreux et très différents. Il y a ceux qui, soi-disant, passionneraient le plus grand nombre, comme la mort d’un chanteur mondialement connu ou comme le transfert de joueurs de football. Cette médiatisation extrême paraît « invraisemblable », comme l’est le montant du transfert d’un seul joueur de football, équivalent à ce qu’à pu faire l’Armée de terre pour adapter ses équipements aux conditions des combats d’Afghanistan ! « Invraisemblable », et pour autant vraisemblablement exacte, l’information comme quoi 45% des professeurs des écoles (22% dans le privé) ont « posé » des arrêts maladie, bel exemple donné à ceux qui sont leurs élèves !

Ces derniers jours la loi de programmation militaire est passée au parlement, on en a peu parlé dans les médias. Les textes de loi sur la Gendarmerie vont être votés. Quelques experts, hors de l’institution, se sont discrètement exprimés et ce fut à peu près tout. Dans notre histoire les budgets militaires suscitaient davantage de débats mais il est vrai que c’était, alors, le premier budget de l’Etat. La situation, est bien différente, dit-on partout, avec une crise économique bien réelle, un endettement record qui s’accentue, et des revendications catégorielles multiples de groupes de nos concitoyens qui attendent beaucoup trop de l’Etat !

Pour autant, comme pour susciter d’autres réactions, un ami m’a envoyé un article de Raymond Aron, écrit en 1947, où ce dernier rapproche « La Réforme intellectuelle et morale de la France » de Renan et « L’Etrange défaite » de Marc Bloch. L’un et l’autre livres appartiennent à un genre ingrat et nécessaire : l’autocritique nationale. L’un et l’autre recherchent les causes profondes d’un désastre français, celui de 1870 et celui de 1940. Pour Aron, « les ressemblances, dans le diagnostic et l’explication, n’en sont que plus constructives. Les trois idées maîtresses de Renan : notre défaite est une défaite intellectuelle, notre armée s’est sclérosée parce qu’elle était séparée de la nation, un pays divisé sur la question du régime est incapable de faire la guerre, se dégagent, analogues sinon identiques, du témoignage de Marc Bloch ».

Cet article, retenu par la revue Commentaire, N°124 Hiver 2008-2009, reprend des arguments sévères et parfois, à mon avis, justes, qui illustrent une certaine pauvreté intellectuelle et morale dans le haut commandement de ces époques. Je l’ai lu en ayant aussi en tête les remarquables chefs qui nous ont conduits à la victoire en 1918 et en 1945 et ceux qui avaient dénoncé des carences inacceptables. La critique trouve alors son équilibre.

Là où le développement, dans ce texte de Raymond Aron, me paraît étonnamment faible se situe dans une certaine incapacité à dénoncer les responsables politiques de ces années qui précèdent les guerres perdues. Ces derniers, qui ont choisi leurs chefs militaires, ont manqué de jugement ou plus certainement encore ont nommé de simples « bons exécutants » d’une politique de défense « en-dessous » de ce qu’elle aurait du être pour la France dans le contexte géopolitique des époques concernées.

Sommes- nous si loin de ces périodes noires en ce début du 21e siècle ? Le monde a profondément changé mais il reste instable et donc dangereux. Notre pays n’a plus d’empire colonial et sa puissance économique le place maintenant dans les bonnes puissances moyennes. Pour autant ses ambitions sont grandes en voulant défendre la liberté, renforcer les droits de l’homme et la sécurité dans le monde, protéger notre population et nos intérêts.

Il nous manque Raymond Aron pour décrire la situation présente, je l’aurais volontiers rencontré, avec d’autres, pour lui dire cette volonté de servir de nos plus jeunes camarades et aussi cette certaine inquiétude concernant l’avenir que je sens chez nombre d’entre eux. Eux, comme moi, ne sommes ni sourds ni aveugles.

Il nous manque peut-être aussi, dans le monde civil, des Renan et des Bloch, des âmes fortes, dans les mots et les actes. Déjà, les moins de trente ans ignorent, en grande majorité, le rôle de l’armée au service de la nation.

Le 25 juillet je serai, à Coëtquidan, au Triomphe de la promotion « Commandant Segrétain », au changement d’épaulettes de la « Lieutenant de Loisy » et au baptême de la nouvelle promotion. Les jeunes Saint-Cyriens ont choisi des parrains exemplaires pour débuter une carrière militaire, voilà qui est bien « réel », loin de « l’invraisemblable » du quotidien actuel.

Raymond Aron aurait pu reconnaître en la circonstance, que l’on peut « développer l’esprit de recherche et de discussion » chez les futurs officiers de 2009 tout en les préparant, en temps de paix, peut-être pas à des « vertus d’exception » mais à être forts dans des situations exceptionnelles.

Pour finir, je vous laisse méditer sur cette citation (1947) de Raymond Aron : « La vanité française consiste à se reprocher toutes les fautes, sauf la faute décisive : la paresse de pensée. »


Général de corps d'armée (2S) Dominique Delort
Promotion Lieutenant-colonel Brunet de Sairigné (67-69) 

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Published by LCL MICHEL BRAULT
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