Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 07:58

L'exécutif a annoncé la tenue d'un débat sur l'« identité nationale » dans chaque préfecture. A cinq mois des élections régionales, l'opposition a dénoncé « une grosse ficelle ».

Le ministre de l'Immigration Eric Besson envoie aujourd'hui aux préfets la circulaire leur demandant d'organiser des débats sur l'« identité nationale ». Il multiplie les rendez-vous médiatiques et peut désormais s'appuyer sur un sondage CSA- « Le Parisien » selon lequel 60 % des Français jugent favorablement cette initiative.

l Pourquoi ce débat maintenant ? Si l'initiative fait à ce point polémique, c'est d'abord à cause de son calendrier : il doit s'achever le 28 février, à la veille des élections régionales, scrutin où la majorité redoute une poussée du FN qui lui compliquerait la tâche. « L'“ identité nationale ” sent le fumet électoral », dénonce le député Verts Noël Mamère. « La ficelle est grosse », renchérit le socialiste Jean-Christophe Cambadélis, convaincu qu'il s'agit là de faire oublier la polémique sur Jean Sarkozy et l'ampleur des déficits et les difficultés sociales. Le gouvernement rappelle à juste titre qu'il s'agit d'une promesse de campagne de Nicolas Sarkozy. Certes, mais il en avait déjà fait, en 2007, une arme pour capter les voix de l'extrême droite. « Si on n'avait pas l'“identité nationale”, on serait derrière Ségolène. Si je suis à 30 %, c'est qu'on a les électeurs de Le Pen », avait-il expliqué, selon des propos rapportés dans son livre par l'écrivain Yasmina Reza. Durant la première moitié du quinquennat, le nouveau ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale s'est d'ailleurs davantage focalisé sur les reconduites à la frontière que sur la réponse à la question « Qu'est-ce qu'être français ? ».

l Faut-il définir l'identité française ? Les sifflets contre la Marseillaise lors de matchs de l'équipe de France de football (contre l'Algérie en 2001, le Maroc en 2007, la Tunisie en 2008) ont sans conteste créé un malaise. Pour autant, la question fait débat parmi les penseurs. Max Gallo juge qu'il y a « des fondamentaux qu'il est bon de rappeler » ; Patrick Weil fait valoir qu'« il n'y a pas une seule façon d'être français » et qu'il est « insupportable » de vouloir « encadrer quelque chose qui a toujours été divers et fluide ».  La classe politique est elle aussi partagée, parfois au-delà des clivages partisans. « Dans ce monde du XXIe siècle, il faut des valeurs, des racines, des références », souligne le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand, presque en accord avec la socialiste Ségolène Royal qui, à rebours du PS, souhaite que ce débat « fondamental »ait lieu.  Membre du gouvernement, Martin Hirsch estime lui que « la France n'a pas de problème d'identité », et d'autres ténors de la majorité font valoir que de bonnes définitions existent déjà.

l Quelle identité ? Pour signifier leurs réserves ou leur hostilité à la réouverture de ce débat, Alain Juppé, Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement ont tous cité l'historien Ernest Renan, qui définissait, en 1882, la nation comme « un plébiscite de tous les jours », un choix fait par des hommes qui ne sont « esclaves ni de[leur] race, ni de [leur] langue, ni de[leur] religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes ».  La nation comme un choix fait par des citoyens plutôt qu'un cadre s'imposant en fonction de critères liés à la naissance. « La nation, c'est le vouloir-vivre ensemble »,souligne Alain Juppé, c'est « savoir ce qui fait le lien républicain », insiste Ségolène Royal. Ce débat entre « une conception citoyenne ou une conception ethnique », rappelé par Jean-Pierre Chevènement, a traversé la première moitié du XXe siècle, les politiques français préférant après les deux guerres mondiales, parler de « République ». Eric Besson récuse bien sûr toute conception ethnique, mettant en avant la nécessité de connaître et chanter la Marseillaise ou celle des cours d'instruction civique et voulant débattre aussi de « l'apport de l'immigration à l'« identité nationale » ». Mais certaines concomittences nourrissent des confusions : comme accoler dans une même appellation « immigration et “identité nationale” », ou relancer dans la même semaine ce débat et les expulsions d'Afghans par avion puis y ajouter le problème de la burqa.

l Une arme à double tranchant ?  Asphixié en 2007, Le Front national a immédiatement réagi contre la relance du débat par l'exécutif. « C'est une fois de trop, cela sonne faux », a lancé Jean-Marie Le Pen. Optant pour une autre stratégie, sa fille Marine a dit « chiche » puis réclamé en vain une audience avec le chef de l'Etat. Dans la majorité, certains s'inquiètent, telle Christine Boutin : « On ouvre un boulevard à l'extrême droite. » D'autres font le pari inverse, persuadés que le président du Front national est trop usé pour mener efficacement la contre-offensive. Un ministre l'assure : « La polémique sert objectivement nos intérêts électoraux. »  

 

E. F.  ET P-A. F. , Les Echos  (2/11/2009)

Partager cet article

Repost 0
Published by LCL MICHEL BRAULT - dans POLITIQUE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog du président des combattants volontaires de la Drôme, LCL BRAULT
  • Le blog du président des combattants volontaires de la Drôme, LCL BRAULT
  • : Blog de la section Drôme de la fédération nationale des combattants volontaires
  • Contact

Recherche