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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 17:45

Jean BOYER est Président de l’Amicale des Partisans Français de Slovaquie, Inspecteur Général Honoraire des Postes et Télécommunications, officier de la Légion d’Honneur, Officier dans l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre 39-45, Croix du Combattant Volontaire 39-45, Médaille des Evadés, Médaille des Combattants Volontaires de la Résistance, Médaille de la Libération de la Slovaquie.

Voici le récit qu'il fait de son engagement et de celui de ses camarades en tant que partisans français en Slovaquie en 1944.

 

 

« Je ne suis pas militaire de carrière. En 1939, j’ai 17 ans. Je suis jeune fonctionnaire aux PTT. Mobilisé le 2 septembre 1939, je suis requis civil dans la Poste aux Armées. Juin 1940 : je rejoins en vélo mon service, qui s’est replié sur Moissac. De passage à Aubusson, j’entends le discours du maréchal Pétain. Je suis effondré. C’est la débâcle de notre armée. Après quelques temps, je suis renvoyé dans mes foyers, à Clermont Ferrand. On me parle du général de Gaulle : il me semble être l’homme de la situation. Arrive le temps des Chantiers de Jeunesse en 1942. Je pars contre mon gré pour Lapleau, près d’Ussel, en Corrèze. J’en suis libéré en juin 1943. N’ayant pas le temps de rentrer chez moi, je suis envoyé en Autriche, à Brunn, au titre du Service du Travail Obligatoire.

 

Juillet 1944 : l’usine d’aéronautique au sein de laquelle nous travaillons, est régulièrement bombardée par les Alliés. Les autorités du Reich décident de nous transférer pour partie en Allemagne, près de Berlin, pour partie en Slovaquie. Je prends cette option. La Slovaquie n'est pas occupée et, là-bas, je pourrai sans doute m’évader. Mais n’étant pas inscrit sur les listes pour Dubnica, je suis refoulé. Après quelques péripéties, je parviens à me faufiler dans un nouveau convoi pour ce pays. Nous sommes maintenant installés dans l’usine slovaque.

 

Avec quelques camarades, nous savons que des poches de résistance existent dans les montagnes toutes proches et que des prisonniers de guerre français, arrivant de Hongrie, sont en contact avec elles. A plusieurs, nous réussissons rapidement à nous sauver de l’usine et nous rejoignons le maquis. Les contacts sont relativement aisés. Nous sommes bien accueillis par la population, qui n’en peut plus du régime pro-allemand et dictatorial du prêtre Tiso. De plus, un bon nombre de slovaques ont passé, dans leur jeunesse, du temps à Paris. Ils n’ont pas oublié la langue. Là, je fais également la connaissance des lieutenants français Poupet et Georges de Lannurien. Ce dernier, conseillé par la Résistance slovaque, rencontre le colonel russe Velicko, parachuté par l’Armée Rouge pour organiser l’insurrection. L’officier soviétique commande la Brigade Stefanik, du nom de ce général français d'origine slovaque, spécialiste de l’aéronautique et venu parfaire sa formation en France (sa statue se trouve dans les jardins de l’Observatoire de Meudon). Après des débuts hésitants, les deux hommes vont s’entendre. Bientôt, Lannurien est nommé capitaine et commande la compagnie des Français. Celle-ci s’intègre aux éléments russes – évadés et parachutistes – et slovaques.

 

Le 25 août 1944, les partisans russes de la Brigade interceptent un convoi allemand. Trente dignitaires nazis sont arrêtés et fusillés. Hitler décide d’envahir immédiatement la Slovaquie. Sept divisions (quatre de la Wehrmacht et trois des SS) entrent dans le pays. Notre but consiste à ralentir autant que possible l’avancée ennemie, pour permettre à l’Armée Rouge d’atteindre la Slovaquie par l’Est. Mais nous n’avons que trop peu d’équipements : trois camions, des fusils, quelques lanceurs de mines. Face à des chars Tiger, que pouvions-nous faire ? En deux mois et demi, les combats ne cesseront pas. Un grand nombre de camarades meurt les armes à la main. Fin octobre 1944, les Allemands ont pris tout le territoire. Nos compagnons slovaques retournent dans leurs familles et arrivent, tant bien que mal, à se fondre dans la population. Quant à nous, nous nous réfugions dans les montagnes.

 

Un matin, je quitte notre camp retranché. Il s’agit de retrouver un dépôt de l’Armée slovaque et d’y récupérer des armes et des médicaments. Tout à coup, mon compagnon de chemin, un slovaque, entend un bruit sur la droite. Des hommes parlent. Ils sont à quelques mètres. Nous distinguons parfaitement leur discussion. « Ce sont des Russes » me dit-il. Il se lève et fait signe. En fait d’amis, il s’agit d’un groupe d’Ukrainiens enrôlés dans les troupes SS ! Nous voilà prisonniers. Les hommes nous emmènent dans la ville d’Hronec puis nous enferment dans la prison. Là, nous voyons plusieurs familles. Certainement des juifs ashkénazes. Je passe devant le capitaine SS. « Tu es un terroriste. Tu as pris les armes contre nous. Demain, à cinq heures, tu seras fusillé. Tu peux me donner tes chaussures de montagne : demain matin, elles ne te serviront à rien.

 

Il fallait croire que Dieu était avec nous. Dans la nuit, un paysan slovaque vient à la prison. Il apporte un seau de soupe et obtient l’autorisation de nous en donner. Il me reconnaît. Oui, je suis bien ce jeune Français rencontré dans la montagne quelques semaines plus tôt. L’homme nous demande, mon camarade et moi, de ne pas bouger. Dans quelques minutes il reviendra avec de la gnole et, pendant que les gardes boiront de l’alcool, il nous fera signe pour nous échapper. Quelques minutes d’un espoir fou. Et le plan se déroule parfaitement. Nous nous sauvons. Aussi rapidement que peuvent nous porter nos jambes, nous courrons nous réfugier dans une ferme indiquée par le paysan. Nous enfilons de vieux vêtements, histoire de passer pour de pauvres bougres. Le but étant bien entendu de retrouver au plus vite la montagne et le campement de nos combattants. Nous reprenons la route. A un passage à niveau, fermé car le train arrive, nous voilà en présence d’un officier SS, accompagné d’un berger allemand. L’animal ne sent pas la peur qui nous envahit. Les barrières se lèvent ; l’officier poursuit son chemin sans même nous jeter un regard. Dieu est encore avec nous.

 

Nous finissons par retrouver les Français. Quelques jours plus tard, nous apprenons que tous les prisonniers que nous avons côtoyés à Hronec ont été fusillés, en guise de représailles. Même les enfants ont été passés par les armes. Notre campement ne sera pas découvert et nous y resterons jusqu’en février 1945. Un jour, les Russes nous confient le pilote d’un avion américain abattu au dessus des montagnes. Après avoir difficilement rejoint le front russe, nous décidons de remettre le soldat à une mission qui se trouve dans l’Est de la Hongrie. Cela facilitera, pensons-nous, notre retour en France. De fait, les Autorités américaines proposent de nous renvoyer immédiatement dans notre chère patrie. Et pourtant… Pourtant, nous devons encore traverser des épreuves. Là, ce sont des Russes qui s’opposent à la demande US. Ils  nous enferment dans un camp. Ailleurs, ce sont d’autres Russes qui nous accueillent avec gentillesse et nous promettent d’accélérer notre retour. Finalement, nous arrivons à Bucarest. Nous obtenons le droit de prendre un train pour Odessa (j’ai le souvenir d’avoir effectué la majeure partie du trajet sur le toit d’un wagon, tant il y avait de réfugiés). A Berlin, la capitulation allemande est signée depuis quatre jours. Au port, encore des tracasseries administratives, une attente interminable. Finalement, nous embarquons. Enfin, la France ! Notre débarquement a lieu dans le port de Marseille en juillet 1945. Je vais pouvoir revoir les miens… quittés trois ans plus tôt ! »

 

Il existe à Paris, sur la place Stefanik, une plaque, inaugurée en 1994 pour le 50ème anniversaire du soulèvement des Français de Slovaquie, sur laquelle sont inscrits les mots suivants : « En 1944-1945, 147 évadés de guerre et 55 évadés du STO formèrent sous le commandement du capitaine de Lannurien, une compagnie de l’armée française qui fut intégrée dans la brigade de partisans « général Stefanik » en Slovaquie. Cette compagnie participa aux côtés de l’armée slovaque insurgée et de partisans russes à la lutte contre les nazis dans les Carpates. Elle eut 56 tués et 45 blessés. Elle fut citée à l’ordre de l’armée par le général de gaulle en décembre 44, lors de son passage à Moscou ».

 

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Published by LCL MICHEL BRAULT
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commentaires

loubry 14/10/2010 16:35



bonjour


 


honneur et respect a vous Mr Boyer



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