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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 18:00

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« C’était le 25 mars 1944, à 5 heures du matin, dans la neige… Et ça a tout de suite été des coups de crosse ». Cet instant, comme tant d’autres, est resté gravé dans la mémoire de Jean Monin. À 84 ans, il raconte une fois de plus son histoire. Celle « d’un déporté parmi les déportés » et prévient : « Je ne suis pas un héros ».

Une histoire que de nombreux collégiens et lycéens drômois ont découverte au fil des années, car ce Romanais se rend depuis des lustres dans les établissements scolaires pour expliquer ce qu’était la réalité des camps. Pour Jean, c’était Mauthausen, un camp d’extermination par le travail. Le seul réservé aux détenus de catégorie III, appelés aussi “les irrécupérables”.

Une histoire, son histoire, qu’il évoque aussi chaque année désormais, en organisant un voyage sur les lieux même de sa déportation. En septembre dernier, avec un groupe d’une cinquantaine de Drômois, il s’est retrouvé un lundi matin au pied de la muraille et des miradors.

Témoin de la folie meurtrière des nazis, Jean – comme d’autres qui ont survécu à l’indicible – trouve cependant les mots pour narrer ce qui fut son quotidien du 25 mars 1944 au 5 mai 1945. L’émotion est perceptible par endroits. Notamment, quand il lâche : « Je vais vous faire voir ma “maison” » en désignant du doigt une des trois baraques “conservées” sur la gauche après l’entrée du camp.

Devenu le numéro 60509 au lendemain de son arrivée en Autriche, Jean – qui n’a que 17 ans – avait été affecté « au bloc 11, juste en face du crématoire ». Autant dire qu’il a su très vite qu’il allait côtoyer l’enfer. « Dès décembre 44 jusqu’à la libération, il y avait un amoncellement de cadavres devant le crématoire »…

Un enfer aussi et d’abord par les corvées imposées dans la carrière située en contrebas. Les détenus devaient transporter les blocs de pierre au sommet de “l’escalier de la mort”. « 186 marches à descendre et à remonter chaque jour, sauf le dimanche » explique Jean. Gare à celui qui chutait et entraînait ses compagnons d’infortune. Des déportés esclaves.

Il y avait bien sûr les SS, mais aussi « les kapos qui étaient de vrais criminels »… Après le réveil à 4 h 45, puis l’appel à 5 h 15, c’était le travail jusqu’à 19 heures. Pour tenir, il fallait « savoir se faire oublier, le plus possible passer inaperçu… et ne pas tomber malade ». Jean le dit souvent : « Ma chance, c’est d’être parti de Montluc avec un Républicain espagnol, José Cereceda (Ndlr : Il est mort il y a 4 ans). À Mauthausen, on se remontait le moral… Pour moi, comme pour lui, le nazisme ne pouvait pas triompher ».

Après la carrière, Jean sera affecté aux usines souterraines d’un des camps annexes. Dans des galeries creusées par les concentrationnaires. Un complexe qui revêtit vers la fin de la guerre une importance capitale pour l’industrie d’armement du Reich. « Ces galeries abritaient la production des Messerschmitt… Parfois, on oubliait de visser un boulon » commente le Romanais. Un acte de résistance assimilé à du sabotage.

Jean Monin est revenu souvent à Mauthausen. La première fois quand ses deux enfants avaient 12 et 14 ans. Puis en 1995 avec ses petits-enfants « pour le 50 e anniversaire de la libération du camp ».

Aujourd’hui, avec des groupes et des jeunes, car il est toujours en lutte « pour dénoncer les relents du fascisme et des nationalismes en Europe ».

 

Source : Dauphiné libéré du 24/04/2011

le-mur-du-camp-et-ses-miradors (1)

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Published by LCL MICHEL BRAULT - dans DEVOIR DE MEMOIRE
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commentaires

jobert 10/12/2013 20:17


Soeur de Jean Monin  je suis fière de son parcours et de ses engagements. Fière de notre père, qui lui a inculqué en son temps le patriotisme. Merci à tous ceux qui ont  oeuvré
 pour notre libeté. un respect bien mérité à tous. 

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