Blog de la section Drôme de la fédération nationale des combattants volontaires
Friedrichshafen Mai 1945. .
MES SOUVENIRS DE LA VICTOIRE – À MES AMIS, A NOTRE FRANCE ETERNELLE – AUX PORTES DRAPEAUX- AUX COMBATTANTS VOLONTAIRES.
Le 8 mai 1945, le soleil se lève sur le lac de Constance. Le poste de commandement de la Première Armée Française se trouve installé sur ses rives. Nous savons depuis la veille que les forces allemandes ont capitulé. Il reste une formalité à accomplir. Le général de Lattre est parti cette nuit pour participer à la signature de l’acte final de la grande tragédie. La France est présente à la table des vainqueurs. Ceux qui ont parcouru les armes à la main le long chemin depuis la défaite et tous ceux qui les ont rejoint en chemin jusqu’à ce jour de la réparation connaissent le prix payé mais éprouvent aussi une immense fierté de n’avoir jamais désespéré et de s’être battus de toutes leurs forces. Mais ils ressentent aussi la lassitude du bâtisseur au bout de l’effort. Le but est atteint, toutes les énergies se relâchent et sont déjà tournées vers d’autres préoccupations.
Ils sont assis sur la terrasse qui domine le lac, l’esprit vide et le corps soudain inutile, harassé. Ce soir ce sera la fête partout dans la monde libre mais ils n’y participeront pas, moi non plus du reste, dans leurs yeux brillent la gloire, la modestie, indifférents, nous regardons monter dans le ciel les balles et les obus traçants des vainqueurs qui tirent leur feu d’artifice. Amis, nous rêvons, je suis bien avec eux, que de respect ils m’inspirent, une ombre de la Garde Napoléonienne passe.
Quand quitterons nous l’uniforme ? l’Indo pointe le bout de son nez. Notre amitié, notre groupe, restera-il uni ou nous perdrons-nous dans la foule soucieuse du lendemain ?
Voila que se termine l’intense aventure qui a bouleversé notre jeunesse, qu’adviendra-il de nos certitudes et de ce pays qui a guidé nos pas, sera-t-il digne de nos rêves ?
Aujourd’hui, nous avançons dans l’hiver à force de printemps, mais notre France est toujours là ; regardez mes amis, dans le pli de nos drapeaux elle nous fait un clin d’œil et s’empourpre de gratitude. Salut les amis.
.Pierre .AGERON .
à méditer: ce poème d'Aragon, proposé par notre camarade Pierre Ageron.
LA ROSE ET LE RESEDA
A Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves
Comme Guy Môquet et Gilbert Dru
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tout deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Que l’un fût de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tout deux étaient fidèles
Des lèvres du cœur des bras
Et tous deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe et mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passe de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Il coule il coule et se mêle
A la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De Bretagne ou du jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle
La rose et le réséda.